3 mesures pour favoriser l’égalité des chances dès la crèche : retrouvez ma tribune parue ce jour dans le Huffington Post

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Un accueil de qualité entre 0 et 6 ans via une place en crèche et une classe passerelle, la maternelle redéfinie comme l’école du langage, un CP et un CE1 dédoublés.

On l’a dit, on l’a répété pendant des années, on l’a martelé avec force et conviction à longueur de programmes présidentiels et de campagnes électorales : les inégalités doivent se combattre à la racine, il faut donc impérativement construire des crèches et investir massivement dans la petite enfance. Pourtant, il faut aujourd’hui l’admettre sans détour, les gouvernements de droite comme de gauche ont, dans ce domaine, largement échoué.

L’heure est aujourd’hui à la mobilisation générale derrière la Ministre de la Santé. C’est le sens de la mission confiée à Olivier Noblecourt, Délégué interministériel chargé de la lutte contre la pauvreté, à laquelle j’ai l’honneur d’avoir été associée en tant que députée de la Commission des affaires culturelles et de l’éducation pour le volet petite enfance et dont le rapport a été remis à Agnès Buzyn le 15 mars dernier.

Car les objectifs fixés par les précédents gouvernements en termes de création de places en crèches n’ont pas été tenus, et la capacité d’accueil en structure collective plafonnait à 18,5 places pour 100 enfants en 2016, celles-ci étant en outre très inégalement réparties sur le territoire. Quant à la prise en charge des enfants pauvres, on estime que malgré la loi de 2015, seuls 5% d’entre eux sont accueillis en crèches alors même que leur socialisation est un facteur déterminant dans la lutte contre les inégalités.

Il faut donc aujourd’hui changer de braquet, mais aussi d’angle d’attaque.

La prise en charge des 0-3 ans ne doit plus être seulement un mode de garde pour les femmes qui travaillent –même si cet objectif reste essentiel, mais elle doit être abordée du point de vue de l’intérêt des enfants, notamment celui des enfants pauvres, indépendamment de l’activité, ou de la non-activité des parents. Il s’agit ici d’un enjeu crucial pour lequel l’État, en concertation avec les élus locaux, devra prendre toutes ses responsabilités pour veiller à ce que cette feuille de route soit respectée, quitte à conditionner davantage les financements nationaux à la réalisation de ces objectifs, comme le préconisait le Président de la République dans son programme.

Au-delà du “choc d’offre” global qui est indispensable, car l’universalité de la politique de la petite enfance ne saurait être remise en cause, il faut clairement cibler la construction de crèches dans les quartiers pauvres et proposer à ces enfants un continuum d’accueil et de prise en charge éducative de 0 à 6 ans pour lutter efficacement contre les inégalités sociales dont on sait qu’elles se traduisent inéluctablement par des inégalités scolaires que l’école peine à compenser dans les dix ans qui suivent.

Pour rétablir l’égalité des chances et respecter la feuille de route sur laquelle nous avons été élus, il faut assumer clairement des politiques compensatoires dans le domaine de la petite enfance et mobiliser le meilleur des services publics autour des enfants qui en ont le plus besoin. Dans le même esprit et en cohérence avec la mise en place par Jean-Michel Blanquer des CP et des CE1 dédoublés dans les REP+ puis dans les REP, je propose que soient créés en amont des maternelles situées dans les réseaux d’éducation prioritaire, de nouveaux pôles petite-enfance qui rassembleraient dans un même lieu toutes les structures et tous les acteurs mobilisés autour des enfants de 0-6 ans et de leur famille.

Des crèches et des haltes-garderies bien sûr, afin que tous les enfants puissent bénéficier d’un accueil collectif deux ou trois jours par semaine, mais aussi une antenne de la PMI pour un suivi médical régulier et un dépistage des troubles d’apprentissage, un lieu d’accueil parents enfants et une consultation de psychologue pour accompagner les parents dans leur fonction parentale, et enfin une structure dédiée à l’accueil des 2-3 ans, sur le modèle des classes passerelles avant l’entrée à l’école maternelle.

Bien que déterminante pour prévenir d’éventuels retards dans les apprentissages, la prise en charge des enfants âgés de 2 à 3 ans est aujourd’hui loin d’être optimale, sans doute parce que les enfants de cet âge sont à la frontière entre le ministère de la Santé et celui de l’Éducation nationale qui ont tendance à se renvoyer la balle, et les collectivités locales qui doivent assumer le fonctionnement des établissements d’accueil de la petite enfance. Sans doute faudra-t-il songer à mettre fin à cette exception française et à intégrer, à l’instar des autres pays européens, la petite-enfance au Ministère de l’Éducation Nationale, tout en permettant à l’Etat d’assumer le chef de filat pour mener cette politique, afin de favoriser une continuité cohérente dans la prise en charge et les apprentissages.

Car cette période, entre 2 et 3 ans, est un âge clef. On sait que les capacités langagières des jeunes enfants ont un impact décisif sur leur réussite scolaire et qu’à trois ans, un enfant issu d’une famille pauvre emploie deux fois moins de mots qu’un enfant de famille aisée.

Sans “pédagogiser” l’accès au langage, il semble malgré tout que c’est sur cette tranche d’âge qu’il faut faire porter les efforts en priorité si l’on veut réellement lutter contre les inégalités sociales et scolaires et permettre à tous les enfants de maîtriser parfaitement la lecture à la fin du CP.

Je propose donc que tous les pôles petite enfance adossés à des écoles maternelles classées en REP comportent ce type de structure passerelle permettant une transition douce et individualisée vers l’école maternelle. Créées dans un premier temps en amont des 26.500 CP situés en REP+, elles pourraient être déployées plus largement par la suite comme cela a été fait pour les CP.

Un accueil bienveillant et de qualité entre 0 et 6 ans via une place en crèche et une classe passerelle, un parcours de 3 ans en maternelle redéfinie comme l’école du langage, un CP et un CE1 dédoublés, tels sont les instruments essentiels d’une politique de l’enfance qui permettrait réellement de compenser les inégalités sociales et de sortir enfin du cercle vicieux de la pauvreté qui condamne les enfants et les parents aux mêmes difficultés générations après générations.

Car l’égalité réelle, celle que nous voulons, ne consiste pas seulement à multiplier les politiques d’aide sociale et de redistribution a posteriori, mais bien à prévenir les inégalités en amont, afin de mettre, dans notre pays, tous les enfants sur la même ligne de départ.

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